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vendredi 23 mars 2012

Sympathy For The Devil

"Écoute, on ne peut écrire qu'en sur-vivant à sa propre vie. On ne peut écrire ni en vivant, ni en mourant, bien sûr. C'est un travail de zombie, un travail de Mort-Vivant."
Pierre Chambard (Paul Marchand, 1962-2009) à Nitzos, cimetière du Lion, Sarajevo, 93




" Son nom était déjà connu à Sarajevo, bien avant que j'y transite. Considéré comme un fou, un paria, un non-journaliste (quel honneur), il défiait toutes les conventions de la médiature professionnelle, s'aventurait là où il ne fallait pas, voyait donc ce que les autres ne voyaient pas, bref accomplissait son authentique travail de témoin, qui ne consiste pas à s'engourdir de pseudo-objectivité, mais à vivre, jusqu'au bout de la nuit, l'expérience ultime de la "sympathy for the devil" "
In L'HOMME DE NOWHERE LAND - Maurice Dantec

8/03/2012, cimetière du Lion, Sarajevo

Des tombes, par milliers. Le croissant argent de l'islam, l'or des catholiques, peu importe. Le même sang bogomile, le sand d'un peuple tout entier massacré sur l'autel des dualismes.
THIS IS AIN'T ROCK & ROLL
THIS IS GENOCIDE

Je ne sens plus la fatigue, la tristesse, la peur. Les âmes de Nitzos et de Chambard/Marchand pèsent délicatement sur ma poitrine, comme un velcro. Le lion me fixe de son regard de pierre.

Au creux de la paume, une balle de calibre 9mm montée en porte-clé, achetée ce matin en toute légalité sur le marché ottoman. Quatre KM, et je ne saurais estimé à combien le prix d'une vie a été doublé, triplé, quadruplé pour que le touriste aie sa dose de sensations fortes _comme moi maintenant, toute honte bue_

" (...) pour tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, traversèrent l'expérience de l'implosion yougoslave, quelques rayons de courage à l'état le plus pur permirent de conserver l'espérance, au milieu des bureaucrates de l'ONU, des journalistes planqués à l'Holyday Inn, des visites de Susan Sontag ou de Bernard-Henri Lévy."

Dire, comme eux, que j'entends le chant des morts, que je parle en leur Nom ("Deads are in peace", m'avait dit Adis), je ne le ferais pas, ce serait de la littérature. Et si "il existe sans doute une loi physique inconnue qui empêche toute redondance entre la vie et la fiction", alors je suis en droit _et en devoir_ de me taire là où mes "camarades" ont déjà tant parlé.

A mesure que s'entremêlent nos trois destins _le vivant, le mort, le protagoniste_ je prends la mesure de ce qui fut joué, vu, retranscris, et je ne sais plus où sont les morts ni qui sont les vivants. Je veux dire, Nitzos est réel, voir d'un point de vue Lacanien, réel en tant que non-concept.
Ce qui le rend d'autant plus vraisemblable ici.







mardi 13 mars 2012

Don't waste your bullets - I'm immortal

"Et il m'arrive, dans mes rêves, de traverser d'immenses fosses à peine descriptibles par Dante ou Bosch, images en noir & blanc de l'armée américaine ou soviétique imprimées à jamais dans ma petite cervelle imperméable en effet à tous les "humanismes" bourgeois, prolétariens, postmodernes, ou autres.
Et c'est ainsi que j'ai commencé à écrire."










Paul Nitzos ( ... - 1995)







03/03 - 18h40 - Marseille (train/intérieur nuit)




Suite de moments s'enchaînant tous vers celui-ci.
La nuit tombe sur les tours. Les entrepôts. Je voudrais qu'une vague déferle sur la ville et noie toute la vermine qui s'y terre. Rorschach et Norton enroulés en double hélice autour de mes poignets. 
Où que l'on aille, on emporte sa ville avec soi. Europe est une maison de poupée. Nous la sillonnons avec les mêmes sacs à dos. Paris, Londres, Madrid... Et si Europe n'en fini plus d'agoniser, alors Sarajevo, la Ville des Morts, doit être son pinacle resplendissant.




Nitzos déclara "L'abolition de l'homme" dans les années 90. Soit il y a juste dix ans. 
Il y a dix ans, cette sentence m'a figée pour me donner un visage, celui que j'aurais toujours, porté comme un masque, décomposé, creusé, mobile.


Nitzos n'a jamais achevé son journal. "Epic fail" de la génération X. 
Selon le Dr Shapin, il aurait été tué dans une zone de combat proche de Goražde, une des trois enclaves bosniaques, avec Srebrenica et Žepa, entourées et assiégées par l'armée de la République serbe de Bosnie.
En avril 1993, elle devient un espace de sûreté (sic) dans lequel l'ONU devait protéger la population civile des attaques. Entre le 30 mars et le 23 avril 1994, les Serbes lancent une offensive majeure contre la ville. Pratiquement tous les casques bleus de l'ONU quittent la ville, 694 soldats et civils sont tués et 1 917 blessés avant le terme de l'offensive. 


Je vais tâcher de prendre le relais, pas sûre d'y parvenir.
Tâcher au maximum, en territoire Zéro, de n'être rien, et l'enfant de personne.
Témoin Y.
Journal 2.0






lundi 27 février 2012

Travel








Marseille > samedi 3/03 18h36 --> Paris 21h44
Paris > dimanche 4/03 14h15
Sarajevo > Lundi 5/03 17h30